Les Bénédictins - Cluny
Dès le VIIIe siècle, le monachisme occidental tend à se différencier des communautés orientales par sa dépendance à l'égard du pouvoir temporel.
A cette époque, les monastères s'ouvrent sur le monde pour participer à l'évangélisation des populations, certains établissements deviennent des centres d'activité agricole, ils dépendent étroitement des autorités laïques qui les fondent, contrôlent le respect de la Règle et des préceptes essentiels que sont l'obéissance, la continence, l'humilité, et interviennent s'il y a lieu pour rétablir la qualité de la vie monastique. De plus en plus, les abbés sont nommés par le pouvoir royal et non par les moines, on met des laïcs à la tête de certains monastères... C'est dans ce contexte que Benoît d'Aniane a favorisé, le retour de l'application de la Règle bénédictine au sein de l'Empire Carolingien. Dans ce contexte de délabrement de la vie monastique qui subit à nouveau l'emprise des laïcs, Guillaume, duc d'Aquitaine et comte de Mâcon, cède à l'abbé Bernon un domaine dans la Saône pour qu'il y fonde le monastère de Cluny en l'an 909, sous le patronage des apôtres Pierre et Paul, et qui sera libéré de toute tutelle laïque.
Cluny va étendre son influence et va prospérer au point que la puissance de Cluny est de plus en plus ostentatoire, ce qui amène ses moines à s'éloigner progressivement de la règle de Saint Benoit.
Les nombreux dons les amènent à s'investir dans la gestion et non dans la méditation. La pauvreté prônée par les bénédictins n'est plus qu'un souvenir... En effet, Cluny, dans sa période faste, est véritablement insérée dans l'économie et la société féodale, ce qui est contraire au principe de "clôture" des monastères. Depuis sa fondation, Cluny a acquis un prestige considérable : l'ordre est implanté partout en Occident et même jusqu'en Palestine à la faveur de la première croisade ; la basilique est la plus grande église de la Chrétienté (devant Saint-Pierre de Rome) ; le pape Urbain II, ordonnateur de la première croisade, est un ancien moine clunisien.
L'ordre est libéré de la tutelle laïque et épiscopale par décision pontificale. Il est alors devenu un propriétaire foncier très important et exerce un véritable pouvoir seigneurial. Sa puissance est renforcée par l'appropriation progressive de l'autorité judiciaire et le souci d'acquérir des capacités militaires (à la fin du Xe siècle, Cluny se constitue en place forte).
A la fin du XIe siècle, des voix s'élèvent à la fois à l'intérieur et à l'extérieur de l'ordre pour dénoncer ce qui semble être un détournement voire une perversion de l'idéal monastique. Les Cisterciens s'apprêtaient à naître... Le futur Saint Bernard, l'un des plus sérieux dénonciateurs des écarts des moines de Cluny, écrira notamment : "O vanité des vanités, mais plus insensée encore que vaine : l'église resplendit sur ses murailles et elle manque de tout dans ses pauvres".