De Achelse Kluis

Ch I
Ch II
Ch III
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Le Monastère de Notre-Dame de Saint-Benoît est situé sur la commune d'Achel, en Campine (Limbourg belge)​

En 1687, à Meersel, petit hameau dépendant de la commune de Merle, fut élevé par Jean de Wyse, riche armateur de Bréda, un Monastère destiné à recevoir des capucins.

 

Ce couvent, prospère jusqu'à la Révolution, fut alors vendu comme tant d'autres, tandis que les religieux en étaient chassés.

En 1838, un vicaire de Meerle, desservant le hameau de Meersel, engagea des pourparlers avec le R. P. Abbé de Westmalle en vue d'obtenir que ses moines vinssent repeupler l'ancienne demeure des fils de Saint François et il fut décidé qu'une fondation de Trappistes serait faite. Des arrangements furent conclus et signés le 16 mars 1838.

 

Le monastère de Meersel ne convenait toutefois pas à des religieux qui n'y trouvaient pas le calme et le silence nécessaires à leur vie. A ce moment, on apprit qu'un autre couvent, situé à Achel, était à vendre...

Cet établissement situé à Achel, construit en 1684 par des ermites de Saint-Joseph et habité par eux jusqu'à la Révolution, était devenu la propriété du Baron Jean Diederick, qui l'avait loué à trois locataires différents qui se partageaient les terres.

Le 9 avril 1845, l'affaire était conclue : la propriété passait aux mains des religieux, exempte de toute servitude. Il y eut beaucoup à faire pour restaurer le bâtiment et lui rendre sa forme claustrale ; les champs et les pâtures, négligés ou en friche, exigèrent de grands soins. 

Le 19 mars 1846 était le jour fixé pour le déménagement. Tout se passa dans d'excellentes conditions ; des chariots prêtés gracieusement par certains industriels de Tilburg, transportèrent personnel et matériel : le lendemain, dans l'après-midi, on arrivait à Achel...

Dom Joseph-Marie de Moock (voir image), premier Prieur, gouverna la communauté de 1839 à 1868 il restaura les vieux bâtiments et y ajouta l'hôtellerie et les ateliers, ainsi qu'une brasserie, créée en 1850. 

Le troisième abbé de Notre-Dame de Saint-Benoît fut Dom Bernard-Marie van de Seijp, élu le 20 juin 1882, il fonda les abbayes d'Echt, de N.-D. de Sion et de St-Rémy à Rochefort et fit construire lui-même les trois nouveaux monastères.

Au début de la grande guerre, Achel fut occupé par les Allemands les religieux durent partir, le 19 octobre 1914, les uns à Tegelen, les autres à N.-D. de Sion. Mais comme la situation se prolongeait, en 1917, Dom Lans fit construire des baraquements sur la partie du jardin située en territoire hollandais et la plupart de ses religieux y revinrent.

Le 10 mai 1940, lors de l'invasion allemande, le Monastère n'eut pas à souffrir. Le14 janvier 1943, après une visite de la Gestapo, les religieux durent quitter le monastère dans l'espace de deux heures. Ils devaient tous rejoindre N.-D. de Sion, sur l'ordre des Allemands, mais 50 d'entre eux allèrent à Tegelen.

En septembre 1944, l'abbaye fut libérée. Cela ne se fit pas sans mal une dizaine d'obus tombèrent sur les bâtiments, causant beaucoup de dégâts. 

En 1946, la communauté se trouvait réunie pour fêter le centenaire de la fondation qui coïncida avec la pose de la première pierre d'un nouveau monastère (21 mars). L'ancien monastère délabré et trop petit ne suffisait plus aux besoins de la communauté qui comptait à cette époque plus de cent moines, dont seulement cinq belges.

La nouvelle abbaye a alors été construite selon le plan traditionnel de l'ordre, d'après les données de l'architecte Jos Ritzen, d'Anvers.

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LA Brasserie (I)
 

Lorsque la petite communauté de Meersel-Dreef s'est installée en 1846 à Achel, celle ci prit place dans un couvent qui ne comprenait alors plus la brasserie dont il était équipé quelques décennies plus tôt.

 

Les premières bières servies au monastère nouvellement occupé furent achetées chez des brasseurs locaux. Les principaux fournisseurs furent Koeckhofs de Achel, F.H Spaas, J. Simons et la veuve Ballings de Hamont.

Le couvent connaissant une croissance et, comme l'exige la vie monacale, tentant de se préserver autant que possible de la vie extérieure, une autorisation de brasser sa propre bière est alors requise par l'abbaye, qui en obtient l'autorisation officielle par un arrêté royal du 12 Juillet 1850. On sait, à la lecture des factures qu'a pu conserver l'abbaye, que le tonnelier Koeckhofs de Achel ainsi que Monsieur Kloosterman (nom prédestiné faut il croire) ont contribué à l'installation des cuves de la brasserie.

 

Il est probable que cette première brasserie n'ait été tout à fait opérationnelle que vers 1852. Une malterie fut également installée sur place. Le houblon était alors acheté dans la région de Liège, réputée pour sa production de qualité, auprès de la firme Carpay (Carpet ?) de Oupeye.

Quel fut alors le volume de production ? on ne le sait pas, mais il est plus que probable que la production était alors exclusivement réservée à la communauté. Certains document attestent pourtant de livraisons de bière à l'extérieur de l'abbaye, mais cela restait assez rare.

 

Selon les mémoires du père Edmond Van Well, la brasserie était alimentée par un tuyau souterrain directement relié au ruisseau Tongelreep tout proche. Si l'on en croit ce témoin, la qualité de la bière était très bonne et l'abbaye brassait alors une bière forte de 12° dénommée " 'T Patersvatje " (le petit fût du Père) qui soutenait la comparaison par rapport aux autres bières régionales de l'époque.

 

On ne sait plus qui fut le premier brasseur, mais le nom de Ceusters revient régulièrement dans les déclarations d'accises, et il fut peut être effectivement le premier brasseur. Lui succédèrent Wouters Vessem en 1872 et Gerard Slegers jusqu'en 1912. Un seul brassin par mois était déclaré aux accises, confirmant la destination principalement communautaire de la production. Un témoignage de 1894 démontre néanmoins qu'elle était aussi vendue à l'extérieur de l'abbaye.

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LA Brasserie (II)

 

Au cours de la guerre 1914-1918, l'abbaye fut prise sous le feu allemand et les moines obligés de la quitter se résolurent à habiter des cabanes non loin de là.

 

Un arrêté allemand de saisie de l'étain et du cuivre aboutit au démantèlement de la brasserie, dont le matériel, d'un poids déclaré de 725 kg, fut démonté et expédié à la brasserie Vivegnis en province de Liège.

Une fois la guerre achevée, l'abbaye dépose un dossier de dommages de guerre auprès du ministère de la guerre, afin de rénover le couvent et remonter la brasserie. Pourtant cette demande n'aboutit pas, le couvent ayant été mis au nom de deux moines néerlandais. L'affaire dure jusqu'en 1925, et les moyens manquent pour reconstruire la brasserie, dont le projet de restauration est abandonné.

 

Le temps passe, et plus de 80 années s'écoulent avant que ne ressurgisse le projet d'une brasserie, finalement fondée en septembre 1998, et constituant alors la sixième brasserie trappiste belge produisant une bière reconnue par l'ATP.

 

Entretemps, les moines de Saint Benoît avaient fait produire leur bière par différentes brasseries belges. C'est ainsi que la brasserie De Kluis de Hoegaarden, alors dirigée par Pierre Celis, vint à produire une "Trappistenbier De Achelse Kluis" bientôt renommée en "Sint Benedict - trappisten abdij". Lorsque la brasserie De Kluis brûle en 1985, la production est reprise par Sterkens à Meer, qui brasse alors une "Kluyserbier Achel", puis la brasserie de Teut à Neerpelt de 1991 à 1995.

 

En 1998, donc, décidant de reprendre eux mêmes la production, des essais furent effectués par les moines sur plusieurs types de bière, d'abord 2 blondes et 1 brune, de forces différentes ente 4% et 6%. Les premières bières furent disponibles uniquement à la pression, aucune mise en bouteille n'étant prévue aux débuts de la brasserie. Frère Thomas, célèbre brasseur de Westmalle vint concevoir les premières "ébauches" des bières initiales de Achel, et Frère Antoine (ancien brasseur de Rochefort) se trouvant alors en retraite à l'abbaye d'Achel, prit le relais pour faire vivre le projet, mais aussi pour développer et améliorer la gamme des bières.

 

La gamme des bières connut diverses évolutions. Durant les premières années on produisit une brune pression titrant 5%, une blonde pression titrant 5%, une triple 8% refermentée en bouteille ainsi qu'une brune 8% en bouteille. Occasionnellement, une bière brune plus forte de 9% environ était également brassée. La brasserie St Josef d'Oppiter prêta un moment main forte pour l'embouteillage des bières blondes.

 

De nos jours (2018), la gamme est structurée de la façon suivante : (source : A.I.T Association Internationale Trappiste)

  • L'Achel 5 : couleur typiquement ambrée-rouge, pas de sucre, ce qui lui garde son goût généreusement doux tout à fait intact, 5% alc.

  • La "5" blonde dorée, offrant une palette de goûts un peu plus riche et vive.

  • La blonde " 8 " en bouteille : blonde dorée légèrement trouble, au goût plein et délicat.

  • Depuis le 2 mai 2002, on produit également l'Achel Extra brune, titrant 9,5°.

Toutes brassées avec la typique "Levure Trappiste levure Achel".

 

Parmi les bières trappistes d'Achel, la " 8 " est mise en bouteille, mais les " 5 " blonde et brune sont seulement disponibles à l'auberge de l'Achelse Kluis.

 

En janvier 2021, l'abbaye-mère d'Achel, Westmalle, décida de renoncer au label ATP, pour la raison que les deux derniers moines résidant à l'abbaye d'Achel avaient rejoint Westmalle. La bière continuera d'être brassée, toutefois, sous le même nom.